Des conseils d’administration dans la fonction publique ?
Le mode de gouvernance de l’administration est-il une clef pour une plus grande égalité entre les femmes et les hommes dans la fonction publique ? Les propositions d’ANNE GAZEAU-SECRET, diplomate, ancien ambassadeur, première femme ayant occupé la fonction de directrice générale du développement et de la coopération internationale au Ministère des Affaires Etrangères nous interpellent. Voici un extrait :
« En quoi la réforme de l’Etat représente-t-elle un enjeu particulièrement important pour les femmes ?
Un meilleur management de l'administration est souhaité par toutes les femmes que je rencontre dans la haute administration, il ne peut d'ailleurs que leur bénéficier. Or, aujourd'hui, on ne semble pas avoir conscience que la réforme passe d'abord par un profond changement des modes managériaux : mode collégial de prise de décision, gestion d'équipes par projet, responsabilisation de chacun sur une feuille de route, suivi et évaluation, sanction. Tout tourne autour de la question des ressources humaines, il y a un tel gâchis de talents dans l'administration !
Pour cela, on doit se doter d’une organisation qui permette de dépasser les propensions oligarchiques traditionnelles de l’encadrement supérieur de l’Etat et la difficulté à reconnaître l'exercice de responsabilités.
On n’a pas besoin de chercher très loin des modèles, il suffit, à l’instar des grandes entreprises du secteur privé, de mettre en place un pilotage collégial, une sorte de « conseil d’administration ministériel », ou de comité de direction réunissant les cadres dirigeants des ministères. Evidemment cela suppose - et je ne fais qu’enfoncer une porte ouverte- une redéfinition du rôle des cabinets qui plus que jamais aujourd'hui se substituent aux services, ce qui démobilise les directeurs et tous les agents. Pour une fois inspirons nous du modèle britannique : le ministre fait appel pour se renseigner sur un sujet à celui qui est compétent dans le service, quelle que soit sa place dans la hiérarchie.
Oui, mais les femmes dans tout cela, que gagneraient-elles ?
Beaucoup, car que signifie la revendication de parité s'il n'y a pas d'organe collégial pour la délibération et la prise de décision sur les affaires importantes? Reconnaître le droit d'accès aux instances de décision aux femmes et, comme on l’envisage actuellement pour les conseils d’administration du secteur privé, imposer la parité dans les organes de direction ministériels sera la voie à suivre. Même si on peut concevoir que la montée en puissance se fasse progressivement, on aura une base objective de progrès. La parité est étroitement liée en fait à la réforme managériale dont je viens de souligner le caractère incontournable.
J’ajouterai que ce mode de gestion serait sensiblement plus transparent qu’actuellement. Or, la transparence ne peut qu’aider les femmes, obligeant à ouvrir le débat, et à limiter les manœuvres d’exclusion.
Egalité et parité te paraissent-ils réalisables ?
Oui, à la condition que je viens de rappeler. »
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